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Hier, j’ai écrit au stylo plume. Le noir, gros, qui fait une écriture fluide et épaisse.

Pas beaucoup mais des choses qui sont venues comme ça et qui me semblaient importantes, et qui maintenant, comme toujours, me semblent sans intérêt aucun.

C’est drôle, parce qu’il y a peu, je ne pouvais écrire qu’avec l’autre, le bleu pâle, celui dont j’ai changé la plume, une plume très fine, comme une plume de porte-plume, qui dessine bien les lettres en variant selon la pression.

Voilà longtemps que je n’ai pas utilisé celui dont je ne pouvais me passer il y a quelques semaines, celui que je pensais être le stylo ultime, comme le boucher a sans doute un couteau préféré, parce qu’il trouve qu’il coupe mieux ou qu’il tient mieux en main, comme l’artisan de tout corps de métier doit avoir son outil préféré, c’est un stylo ancien, avec plume rentrante en ébonite patiné par le temps mais qui fuit un peu, un joint il paraît, qui assure l’étanchéité, mais j’aime son contact, même s’il est un peu trop fin pour ma main. Il me détend, je m’applique avec lui, il ralentit mon écriture, j’aime sa plume douce qui effleure le papier, avec un petit bruit doux de frottement qui lui évite cette écriture lisse avec ce côté ennuyeux des plumes sans caractère.

Il faudrait que je retrouve l’un de mes préférés, sans marque mais qui est d’un plastique comme les jouets d’autrefois. Il est gris, un peu tacheté avec un petit trou qui ne semble pas un défaut mais dont je n’ai jamais compris l’utilité.

J’aime les stylos anciens.

J’aime tout ce qui est ancien d’ailleurs. Mais les stylos-plumes encore plus.

Quand j’écris vraiment bien sûr, j’écris au stylo bille, enfin avec tout ce qui me tombe sous la main, du moment que ça suit le rythme des mots qui débordent.

Au contraire, au stylo-plume c’est le temps  de la réécriture,  au calme, c’est le temps de la sérénité.

Les encres aussi. En fonction des jours. De l’humeur.

En fait, ça n’est pas un stylo, ou un stylo c’est ça. Un instrument de mesure de l’humeur comme il en existe pour la température, l’humidité ou les distances, enfin pour tout ce qui se mesure.

J’ai toujours vogué au gré de l’humeur. C’aura été mon luxe. Dérivé, flâné. Faute d’une boussole intérieure qui m’aide à garder le cap. Je n’ai jamais, bien sûr, su surtout quel cap il fallait garder.

J’ai écrit comme espère le marin le scintillement d’un phare dans la nuit, même un vague éclaircissement de la masse de la nuit, lourde comme de l’encre justement, qui le laisserait au moins deviner.

Mais rien.

Alors j’ai balloté au gré des humeurs comme la barque sans rame au gré des vagues et des courants. Comme un amnésique jouerait avec l’alphabet en sachant que l’assemblage donne des mots, des phrases qui ont un sens, mais sans en savoir d’autre, pour l’instant que le plaisir, même douloureux, de jouer avec, comme l’enfant avec des cubes où elles sont inscrites.

Pourquoi ce stylo plutôt qu’un autre ?

Voilà l’important.

J’ai lu il y a longtemps, que Sartre, en camp demandait à ce qu’on lui envoie des petits carnets qu’il affectionnait particulièrement.

Voilà qui est bien plus important que les trois mille pages en tout petit de l’Être et le Néant.  C’était, à nu, ce plaisir de barbouiller du papier l’essentiel. Comme quelqu’un qui s’étouffe essaie de recracher le morceau qui bloque l’air, qu’est-ce qu’il éprouvait en écrivant dans ces petits carnets là, précisément

Dessous, et contrairement à ce qu’il cherchait à dire et à cacher tout à la fois, qu’est-ce qui vivait là, tapi, enterré mais pas mort, qui continuait de palpiter réfugié sous cette couche de montagne de papier, là où Sartre enterrait Poulou qui refusait de mourir ?

Là est le cœur, le noyau de Sartre, son grain de sable dans l’huître.

Pourquoi tel carnet, pourquoi tel stylo ? Le reste, c’est la nacre qui épaissit autour de ce grain de sable qui blesse la chair de l’huître.

Le reste, c’est l’encre que crache la seiche pour survivre derrière ce nuage d’encre qui la masque.

Et c’est cela qu’il faut atteindre. Derrière le texte, sous le texte, à travers le nuage d’encre, cette blessure, ce grain de sable.

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