New âge
Une pouf relookée malibu beach en fin de tournage a rencontré Dieu. Elle a la quarantaine joviale de ceux pour qui la chair n’est pas triste et le temps qu’une illusion, le menton volontaire et l’œil gourmand on voit tout de suite qu’elle a eu un orgasme cosmique. Je ne sais pas si les anges aiment les fellations mais sinon c’est dommage. Et Dieu l’aime, comme ça, toute gourmande de vie. De nos jours les saintes ne sont plus vierges.
L’au-delà c’est facile, elle le sait, elle l’a vu, elle en revient, elle en revend. Un peu de remords et beaucoup d’amour avec un zeste d’humour. De l’amour surtout. Beaucoup d’amour, même que de l’amour. A un point que ça en devient un petit peu écoeurant à la fin, surtout que c’est beaucoup l’amour de soi quand même, mais avec un aplomb que ça en devient presque beau, et un aplomb naturel, pas forcé, un aplomb avec une naïveté déconcertante. Ecoeurant. Surtout pour ceux qui comme moi ont l’estomac délicat. Pour les voraces, les gloutons, les goulus, les mange sans faim et les boit sans soif c’est le rêve, de l’inespéré.
Pourquoi mon Dieu si vous existez vous permettez tout ça ? Pour brouiller les pistes ? Décourager les tièdes ? Egarer les imbéciles ? Une manière de trier ?
Ben avec moi Vous êtes tombé sur un os, un as du discernement. Je suis plutôt du genre difficile, exigeant et têtu. M’y retrouve pas dans cette cour des miracles, m’y racle le bon cœur plutôt, m’y estropie la bonne volonté et la recherche sincère.
…
La suite du texte...
Il y a les rasés en toge, sûrement pour être ample dans le mouvement, faciliter la prière, l’élan de tout le corps et la boule à zéro comme pour la chaise électriques, que les ondes divines passent mieux et dans le style inverse, les fous du poil sûrement pour montrer la vanité de l’apparence et le mépris du terrestre tout entiers dévoués à leur petite âme translucide et tremblotante, si fragile et émouvante comme la petite flamme d’une humble bougie dans la nuit, tellement belle qu’ils la cajolent, la savourent, la respirent comme ils doivent humer leurs pets avec la jouissance de cette autosatisfaction pour tout ce qui vient d’eux, que ça fermente dans le crâne ou dans les boyaux, les extatiques, les acètes (à soupe, juste pour montrer que je suis pas mauvais en jeux de mots et que j’auras gagné mon strapontin au paradis à défaut comme eux tous d’y avoir un bon gros fauteuil où ils se réchauffent à la chaleur de Dieu et de sa bonté comme en hiver au coin de la cheminée, même que selon Thomas d’Aquin leur quiétude bien au chaud est encore augmentée de savoir les démunis se cailler les grelots dans les courants d’air à la rue, bon c’est dit autrement, avec la vision des damnés qui crament en enfer mais c’est du kif.
Il y a tout, les nde, les efm, les hec, les hlm, non, le dernier c’est pour moi, je connais, j’y ai grandi, épanoui par les joies du chauffage central et de l’eau chaude même que c’est déjà pas si mal et que c’est bien triste qu’on apprécie pas. Tous des messagers de l’au-delà, des ratés du grand saut qui ont juste vu par-dessus la palissade mais qu’ils en demeurent épanouis pour l’éternité dès ici-bas, tous ils parlent de Vous. Un vieux bancal avec le dentier lumineux comme les frigos quand on ouvre la porte, la lumière jaillit dès qu’il ouvre la bouche et une tenue que même Superman avec son slip par-dessus n’oserait pas porter avec une toque de chef multi étoilé et autour plein de petits vieux à pompons rouges. Il paraît que c’est lui le gardien du temple ou de l’epahd, ça dépend comment on dit, mais c’est réussi, avec des chiens de garde pareils, plus personne n’a envie d’entrer. Z’aurez beau passer des seins bandés aux saints qui rebandent et placer des icônes de sainte levrette sans scrupules au dessus des bénitiers ça va pas remplir la boutique, ou alors pas de bons clients, ça va devenir le discount du septième ciel, la grande braderie du bon dieu à bon marché, l’Aldi le Lidl et l’Action mélangés pour les démunis d’idéal, on va s’obésifier l’âme comme le corps avec la bouffe industrielle si pleine de mauvaises choses mais si bonne au goût et au porte-monnaie.
Non vrai c’est pas sérieux. C’est pas le bon moyen. Faut pas le mépris du client. Faut pas oublier que sous la demande apparente il y a autre chose, de pas bien net , d’un peu flou, mais plus pur, plus propre, plus joli et que c’est ça qui compte et qu’on peut pas trouver ici, à preuve plus ils ont plus ils veulent, preuve que ça cale pas, comme une bouffe pas assez nourrissante, ça reste du lourd, du terre à terre, même des patins à roulettes ou des trottinettes supersoniques ça fait pas des papillons des chenilles et c’est ça qu’on est, ce truc qui démange, qu’on croit qui gâche tout, qui fait qu’on est jamais contents, même le dimanche en famille devant le gigot de tatie on sent cette pointe de tristesse comme un bonbon acidulé qui gâche la douceur de la friandise, croyez pas ce qu’ils disent mon Dieu, même eux ils veulent autre chose, ils savent pas bien le dire ni trop quoi c’est tout, faut pas leur laisser balancer n’importe quoi comme du grain aux poules ou les restes du repas pour pas gaspiller. Faut pas nous mépriser, ce truc qu’on croit qui nous gêne pour être des bonnes chenilles heureuses, c’est pas une maladie, c’est les ailes qui poussent, qui manque de place, qui cherchent la sortie, faut pas laisser les salauds leur faire croire que c’est une tare, une maladie, la femme enceinte si elle prend du ventre c’est juste parce qu’un bébé y grandit, faut pas le tuer en lui disant qu’elle va rester mince, faut juste lui dire la vérité. Là c’est pareil, moi non plus j’arrive pas bien à dire, c’est toujours à peu près, comme on peut.
J’ai l’air teigneux comme ça mais c’est parce que dans options, la case joie a pas dû être cochée.
Peut-être je parle dans le vide si vous existez pas mais au cas où, ça peut Vous aider. Vous croyez qu’avec des vrp pareils les ventes vont remonter ? C’est pas pour vous, c’est pour nous autres, on veut pas être confondus, c’est pas ce qu’ils disent qu’on veut, qu’on espère, faut pas vous laisser tromper. C’est du simple bon sens contre les mauvaises directions. Et si Vous êtes l’humain en mieux ça peut que vous choquer encore plus. C’est vrai que si vous êtes autre chose Vous m’intéressez pas, c’est pas méchant c’est juste pour être vrai, si la papillon intéresse la chenille c’est parce qu’il est elle en mieux, comme la fleur pour la graine. Le dernier maquereau venu ne va pas se plaindre s’il envoie des édentées, des variqueuses de ne pas faire recette, faut pas après qu’il s’en prenne au client.
C’est parce que j’espère bien en Vous que je peux pas Vous laisser entre leurs mains. Ils vont tout vous déformer ! Et puis là c’est sûr, vous ferez plus envie, les chenilles n’auront pas envie de devenir papillons, et vous vous serez tout seul, c’est bien triste. Parce que Vous, c’est comme l’eau, vous prenez la forme du récipient, vous avez vu comment on est moches et cons, si vous nous aidez pas vous allez ressortir tout tordu et tout aigri et on va tous y perdre. Vous et nous. C’est ça le contrat non ? On dit l’alliance je crois, le deal, le marché quoi.
Voilà, s’il n’y a qu’eux qui peuplent votre paradis, j’ai pas trop envie d’y aller. Je ferai même une bonne action complètement gratuite : Je laisse ma place. Je préfère le néant, l’effacement absolu, sur une vie d’homme j’ai déjà eu du mal à les supporter alors l’éternité je m’en sens pas la force. Je suis désolé. J’ai honte. Mais si après c’est juste chanter Votre gloire et écouter la messe comme les oisillons tendent le bec dans le nid je préfère éviter. Si c’est possible bien sûr.
Bon je rigole, mais vraiment, je ne me sens pas à la hauteur, j’ai essayé, j’essaie même encore un tout petit peu, c’est plus fort que moi, je n’y peux rien, je ne nous aime pas, comme ça, comme on est, eux ça leur plait, pour ça que je dis nous, mais pas moi, la seule différence mais elle est énorme. C’est au-dessus de mes forces, je n’y arrive pas. Je comprends pas. Avant on me disait « Tu comprendras quand tu seras grand » maintenant on me dit que je comprendrai quand je serai mort.
J’ai la vague impression qu’on se moque un peu de moi.
On me dit que le corps n’est qu’une enveloppe, j’écoute bien sérieux, bien sage et tout mais quelque part quelque chose en moi sourit en imaginant la gueule du facteur.
Me souviens que dans une réunion de prière on m’a reproché d’être un esprit fort, un qui renâcle, qui flaire le piège autour du gruyère, alors j’ai demandé si c’était que pour les esprits faibles.
Voilà le vrai crime. Tous ces affreux qui dégoûtent de Dieu comme des malpropres dégoûtent du désir.
Et toutes ces théories qui sont encore plus horribles que l’idée du néant.
Toutes.
Aussi dégueulasses que le cuir, les chaînes et autres joyeusetés qui se veulent affriolantes et qui ne font que souligner l’impuissance.
D’un côté je n’existe même pas. Je suis donc une illusion qui souffre, mais qu’est-ce qui souffre dans l’illusion ? Sous la croûte qui suppure pour protéger le corps il y a bien un organisme qui réagit ? Non ? Juste de l’illusion qui souffre d’être une illusion et qui a pour seul espoir de disparaître comme une mauvaise odeur quand on ouvre les fenêtres pour faire un courant d’air.
De l’autre, un Dieu s’est fait homme pour expier mes fautes. Je ne pensais pas en avoir commises de si grandes que Dieu lui-même doive mettre la main à la pâte, et puis même si, tant qu’à être un salaud je ne pensais pas que nous étions si nombreux, parait que si c’est vicié, de nature, dès la naissance, à cause de la faute d’un aïeul, mais si tout était parfait, par où il est entré le mal et d’où il vient ? Parce que si c’est interne, c’est peut-être parce qu’il était un peu mal foutu à la base, j’ai eu ce problème sur une voiture, un défaut d’origine, mais au moins on n’engueulait pas le client, c’est plutôt lui qui avait tendance à se plaindre, et ça paraît plus dans l’ordre des choses.
Il y a dans les nouveautés l’idée que je suis une onde et que c’est ça qui est immortel, comme si la cassette détruite restait la musique qui flotte toute seule dans l’air, j’aime bien la musique mais c’est pas très sympa pour la cassette et être juste une note dans la partition de Dieu, ça m’offusque un peu, l’idée d’être une touche de xylophone ça me dérange.
Après si c’est ça on n’a pas le choix, alors amusez-vous mon Dieu et à votre bon cœur mais je voyais pas l’amour comme ça, je croyais que j’avais un petit peu mon mot à dire et que c’était même ça la définition de l’amour, une rencontre, comme le chiot avec son maître et qu’ils vont partager une relation chacun avec ce qu’ils sont, à leur manière et s’en trouver bien, parce que le truc dont on dispose et qui ne ressens rien ça marche avec mon aspirateur ou mon stylo, avec les choses en somme, pas avec le vivant.
Et puis je n’en veux pas du salut si c’est d’autres qui payent le billet. Pas que je veux pas dire merci mais parce que c’est pas juste, il faut bien que je participe un petit peu sinon je vaux pas mieux qu’une chose et puis parce pour que le bébé apprenne à marcher il faut bien que ce soit lui qui fasse les premiers pas, pour que ça soit à lui, qu’il sache.
On m’a bien élevé, faut que je fasse ma part.
Pour l’instant je reste attentif devant un monde absurde et un ciel muet ou que je ne sais pas comprendre ni entendre mais ça revient au même, je refuse de tricher, d’entendre des voix ou d’avoir des hallucinations comme un égaré dans le désert juste parce que c’est plus confortable ou alors en le disant, comme on raconte une histoire aux petits enfants quand ils vont se coucher, en quoi me concerne une réponse que je ne peux pas entendre si c’est en plus pour me reprocher de n’avoir pas d’oreilles ?
Reconnaissez mon Dieu qu’il y a là tout pour se considérer comme pure gratuité et bouffer autant qu’on peut de ce qu’il y a tant qu’on peut en profiter sans se priver. Sauf que ça rend pas heureux Avec ou sans vous. Reste ce petit truc qui flotte, comme on flotte dans un costume mal coupé, ça tombe pas juste, on y est pas bien dedans et que vous êtes la seule réponse à condition de bien poser la question, c’est comme un itinéraire, si on rentre pas les bonnes données on se perd. Et à les voir on comprend bien que prendre sa bite comme boussole ça fait juste tourner en rond.
Entre des saintes et des saints qui pour toute preuve d’amour ont des stigmates, c’est-à-dire des cicatrices d’après la torture, des attristés du péché originel, ça fait pas une image bien gaie du bonheur… Quel père de famille se réjouirait de voir ses enfants handicapés par les mêmes accidents du travail que lui alors que précisément il aurait voulu les leur éviter ? Soit le père est un sadique soit les enfants en l’imitant n’ont pas bien compris son amour.
Et comme vous en somme vous êtes un super Père vous ne pouvez que comprendre mon étonnement.
Il y a une époque où l’on fouettait les enfants, en précisant « C’est pour ton bien »
Mais les hommes ont évolué. Heureusement. Je comprends bien qu’il ne s’agit pas de séduire l’homme en cédant à tous ses caprices, et que l’amour que vous attendez ne doit pas être en retour de la satisfaction d’une quelconque satisfaction égoïste, au contraire même. Votre amour doit se cacher pour être pur. Mais tout de même. A ce point là. Même l’enfant le plus joueur finit par se lasser quand son copain à trouver la cachette idéale, le jeu finit par cesser d’être parfait, la beauté du jeu c’est l’amusement partagé. Je veux bien Vous aimer et je crois bien que je Vous aime déjà sinon je ne vous chercherai pas autant mais là encore reconnaissez que l’argument qui prétend que c’est en moi que je Vous trouverai risque de retomber dans le pire travers à savoir que Vous n’avez que le visage qui m’arrange, pour l’ivrogne vous seriez une bouteille de whisky, non en moi je trouve le désir de Vous, comme dans le corps on trouve les raisons, les symptômes et l’effet de la faim, la nourriture qui y répondra, elle, est extérieure, sur la table, dans l’assiette.
Moi j’ai bien lu tout ce qui parle de Vous, tout ce que j’ai pu trouver, et je Vous le dis bien franchement, comme à un ami : ça donne pas envie. On dirait un recueil de premiers de la classe, bien fayots, prêts à tout pour recevoir un sourire du maître, mais quel maître aime ce genre d’élèves ?
C’est cet air faussement béat qui les trahit, ils se savourent dans leur bien être.
Vous parlez par paraboles. En voici une :
Deux frères parlaient de leur père, l’ainé prétendait que(parabole à écrire)
A votre avis lequel des deux enfants aimait vraiment son père ?
Pourquoi on sent du mépris derrière leur façade d’amour ?
Pourquoi jamais de compassion, de tendresse, d’affection authentique, comme un père sourit devant la naïveté de l’enfant ?
Puisqu’il paraît que tout nous sera révélé une fois passé pourquoi prétendre ne pas pouvoir nous en dire même un petit peu, pourquoi entretenir le mystère avec ce sourire satisfait de celui qui connait le dessous des cartes tout juste bon pour lui pour se sentir un peu supérieur sans que ça nous aide en rien ? Pourquoi ne pas nous renseigner sur les activités, la vie après ? Je ne dis pas de nous fournir un dépliant du club méd mais tout de même avoir autre chose à se mettre sous la dent que leur simple parole ? Juste un petit peu savoir, ça ce serait une belle preuve d’amitié. Je ne dis pas de nous donner le menu, l’adresse du bureau de tabac mais avoir au moins une vague idée plutôt que ces banalités.
Tout ce que je sais c’est qu’une classe de petits enfants aux gestes bien appliqués qui tracent leurs premières lettres de l’étonnement et du sérieux plein les yeux me touche infiniment plus qu’un esprit à la con revenu de chez les morts qui nous parle de haut comme un perroquet accroché par la patte à son perchoir.
Parce que l’amour ça ne prend de valeur qu’en fonction du degré de liberté avec lequel on dit oui, alors pourquoi continuer à nous fourguer des éblouis de l’au-delà infoutus d’articuler deux phrases ? Pour qui vous nous prenez ? Quel pécheur penserait attirer le poisson avec ce qu’il n’aime pas ? Quelle image avez-Vous de ceux qui vous cherchent ?