Sans attache. On va au fil de l’eau.
Notre vie n’est qu’une longue dérive.
Jamais deux fois à la même place, portés au gré du courant
sans rien à quoi s’accrocher pour s’enraciner et se construire.
Nous ne sommes tout au plus que des fleurs du vide qui souli-
-gnent le frisson de l’onde.
Nous paraissons libres rien n’est plus esclave.
Ô la joie que ce doit être d’avoir un lieu où se blottir, tout
plutôt que cette vie à nu sous un ciel toujours changeant trans-
-portés par ce glissement aveugle.
Savez-vous que l’on s’enracine à un coin de ciel par un coin
de terre?
Etrange angoisse justement de n’êtres contenus par rien.
Conscience vide dans un univers fluctuant.
Pour le regard distrait nous sommes libres.
Mais c’est une illusion, notre sol est fluide et sa transparence
le masque.
Notre monde n’est point infini comme il y parait mais borné
de berges, et sitôt atteintes, là où pour vous la vie commence
nous y échouons pour mourir.