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Le crépuscule des illusions

Georges Gusdorf

« L’Ethique, le chef d’œuvre de Spinoza, est le masque de Spinoza. Toute grande œuvre, dans la philosophie classique, expose en filigrane le visage de son auteur, que les interprétations rationnelles interdisent de mettre en cause. Cette perpétuelle restriction mentale aboutit à dissocier le champ métaphysique de l’espace vital humain. Du coup, les performances des plus grands pontifes de la pensée gardent une saveur d’inefficacité et d’insatisfaction. L’intention derrière est pourtant, toujours, d’enseigner le bon usage de la vie. Mais comment peut-on découvrir le bon usage de la vie si, par principe, on s’établit en dehors de la vie concrète des hommes réels et des sociétés historiques ? La métaphysique traditionnelle parle toujours d’autre chose(…)

(Une dialectique bien huilée permettra de retrouver au bout du compte ce qu’on avait prévu au départ, sous une forme plus enveloppée. Spinoza, lorsqu’il écrit à la suite de ses démonstrations la formule magique « ce qu’il fallait démontrer », triomphe à bon compte. Il n’a rien démontré du tout ; il a seulement explicité ce qui se trouvait implicitement contenu dans ses axiomes de départ.(…) Cet apatride s’est donné une patrie en esprit et en vérité, ce non-conformiste a fondé pour son usage une orthodoxie.

(…)

Elevé dans le sérail de la philosophie traditionnelle, dans la révérence à l’égard des maîtres d’autrefois, je ne m’y sentais pas à l’aise, à la différence de certains de mes camarades, plus doués pour cette gymnastique intellectuelle et qui jonglaient allégrement avec les abstractions. Quelque chose me rebutait, dans la position même des questions et dans la solution des problèmes. Je ne pouvais me satisfaire de la situation établie, questions et réponses me paraissaient également décevantes.

 

De ces livres que l’on devrait lire à trente ans, avant il est trop tôt. A soixante un peu tard…

De ces livres dont on ne parle pas, ou pas assez, en tout cas que pour ma part je découvre par le biais de citations dans d’autres lectures, en l’occurrence «  Les dieux ne sont jamais loin », de Jerphagnon, quelques lignes, une petite note en bas de page, comme l’entrée d’une grotte presque dissimulée mais qui abrite des trésors inespérés ou d’un tunnel presqu’enseveli, à demi bouché mais qui conduit à la liberté, la liberté de penser autrement, avec la joie de l’enfant qui s’enthousiasme pour un jeu de piste. Un livre qu’on lit comme on sort de maladie avec le sentiment de la santé retrouvée.


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