La société de cour
Norbert Elias
(…) Elias montre comment la courtoisie désigne un premier ensemble de transformations dans les comportements caractérisé par le respect de conventions plus contraignantes, un contrôle mieux assumé des conduites, des relations moins brutales entre hommes et femmes. A l’intérieur d’une société guerrière encore peu pacifiée et policée, les cours féodales constituent donc des îlots de « civilisation ». Son façonnement définitif suppose de plus sévères exigences quant à la maîtrise des affects.
La société de cour est une configuration où le plus grand écart social se manifeste dans la plus grande proximité spatiale. De là, un des traits fondamentaux et originaux : à savoir la confusion entre vie privée et vie publique, ou plutôt l’absence dans les pensées et les pratiques d’une telle distinction.
(…)
D’où le second principe de la société de cour : l’être social de l’individu est totalement identifié avec la représentation qui en est donnée par lui-même ou par les autres. La « réalité » d’une position sociale n’y est que ce que l’opinion juge qu’elle est : C’était la reconnaissance par les autres(…)
Dans une telle formation, la construction de l’identité de chaque individu est toujours au croisement de la représentation qu’il donne de lui-même et du crédit accordé ou refusé par les autres à cette représentation.
C’est seulement en acceptant sa domestication par le souverain et son assujettissement aux formalités contraignantes de l’étiquette curiale que l’aristocratie peut se préserver(…)
C’est grâce à Norbert Elias que j’ai pu dépasser le cadre d’une analyse personnelle pour l’inscrire dans l’histoire d’une civilisation, d’une transmission et réaliser que mon histoire résume de cette époque à nous jours celle d’un peuple.