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Deuil

Je te revois, assise, des heures, les yeux dans le vide, une poupée à la main, respirant l’absence. T’y baignant. Tu la vivais. Physiquement. Un néant palpable. Et sans que tu le saches je t’ai admirée. Moi, là, encore, j’étais lâche, incapable là où tu tenais de tout ton corps, de toute ta réalité, de rester une seconde face à ce vide.
J’ai compris, quelle qu’elle soit, que rien n’égale l’amour d’une mère.
Autant j’ai pu tenir à Julie elle n’était pas comme pour toi ce morceau de moi arraché.
Un homme restera toujours un brasseur d’air. Autour. A côté. Même au plus près il reste en dehors de ce mystère.
Tout était oublié de notre vécu. Douleur incarnée tu abolissais tout de nos bassesses.
Non. Tu n’étais pas n’importe qui et je te découvrais.
J’étais resté, moi, ce petit enfant fragile pour qui l’on a envie d’adoucir le monde.
Je revoyais vos jeux. Simples, à empiler des cailloux, cette complicité dans vos yeux. Ce rire. Ces rires. Vos rires, qui vous réunissaient. Que j’ai éteint.
On se déchirait parce qu’on n’arrivait pas à s’accorder. Mais derrière ces tortures il y avait l’amour impuissant à trouver son chemin, ses gestes, ses mots.
Et maintenant quand je regarde les autres femmes, tu m’as appris à ne pas les irréaliser mais à les voir comme je t’ai vue, dans ta réalité, une femme extraordinaire engluée dans sa souffrance, son enfance, sa douleur. Combien de fois tu m’as parlé de ton enfance, jusqu’à ce que je n’écoute plus ?
Nos nuits étaient ce perpétuel ressassement avec l’éternel retour au bout de ces heures à la case départ. Epuisé presqu’à l’aube sans que rien n’aie changé.
Ta douleur te transformait. Comme si douleur devenait douceur. Tu devenais légère. Enfin.
Ma douleur à moi devenait colère. Comme si Julie se fondant en nous par son absence corrigeait chacun, le nourrissait de ce qui lui manquait.
Tu souriais à ses jouets, à ses dessins, tout ce qui était empreinte d’elle. J’avais cette impression à te voir que vous étiez enfin réunies, qu’elle était en toi, que vous étiez une.
Moi j’aurais voulu détruire le monde.
Tu tissais un lien que je n’interrompais plus. J’abandonnais la partie et je retombais dans ma médiocrité comme dans une flaque de boue.
Je ne la méritais pas.
Et le soir quand ivre de souffrance tu versais ton premier verre c’est que tu avais atteint la limite de ce que tu pouvais supporter. Après, peu à peu, tu t’engluais mais comme quelqu’un qui se roule sur soi-même et hurle de douleur.
Cela je veux l’oublier. L’effacer. Qui le croirait ? Qui comprendrait ?
C’est vrai. Cela s’efface. Ne demeure plus que le souvenir de ce rayonnement, cette métamorphose. Tu enfantais de toi-même. Enfin tu échappais à tes souvenirs, c’était comme le vent frais d’une fenêtre enfin ouverte chasse l’odeur de renfermé.
De toi je ne veux plus respirer que cela.

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