Alors la liberté ça mon vieux, c’est une sacrée invention.
Le fin du fin !
Où il est libre l’homme ?
Tu peux avoir quatre mains et six jambes, même si c’est une drôle d’envie, comme ça, juste pour dire, t’envoler au lieu de marcher, remonter le temps, refuser de naître ? Alors on t’explique que la liberté c’est pas ça, tu choisis pas les cartes mais comme tu joues avec, mais ton envie de jouer, tu la choisis ?
C’est ça le piège à con ultime où on a coincé l’homme dans son dernier repli d’innocence. Jusqu’au-dedans du plus profond de lui-même on lui l’a imprégnée son idée de liberté et il a pris ça pour un .cadeau, et il en est fier le con, il se sent important, c’est lui qui tient les manettes tant il est con l’homme et qu’il a tendance à tout gober ce qui lui flatte l’orgueil, moi le premier.
Mais la liberté mon vieux ! c’est que de la culpabilité rebaptisée, c’est la mauvaise conscience du péché originel version philo, comme l’eau scientifique qui devient H2o. Mais ça change rien. Juste la forme pour suivre la mode. Que tu marches dans l’H2o ou dans l’eau t’as les pieds tout mouillés pareil. Sauf si t’as de bonnes chaussures mais ça c’est une autre affaire. Ou la même au contraire, H2o c’est pour ceux qui ont de bonnes chaussures, c’est l’eau qui mouille pas alors t’as le temps et le loisir de jouer avec les mots, l’eau de base c’est pour les pieds des pauvres. Ça fait plus chic et c’est ça qu’il aime le con : le chic. Pour oublier qu’il sort du cul d’un singe alors c’est pratique les mots ça te change l’idée que tu te fais des choses, du monde, de toi, c’est costaud, ça te change même tes impressions, ta perception parce que la vie c’est qu’une histoire qu’on se raconte et là tu te la raconte version toute douce bien propre.
Mais au concret à poil de mots, liberté mon œil.
C’est du chic pour ceux qui ont les pieds bien au sec, quand l’eau qu’est pas H2o te frigorifie les orteils le chic c’est pas ton premier souci, c’est comme quand t’es cassé en deux de douleurs et que le médecin te dit que ton mal de crâne c’est des céphalées, en crise t’as juste envie de plus avoir mal, après quand c’est passé, que tu racontes en famille ou au boulot ça fait son petit effet, après mais pas pendant. Les jolis mots de la vie c’est pour ceux qui sont pas dedans jusqu’au cou. A la base oui, c’était le seul moyen pour adoucir un peu, mais ils l’ont oublié alors ils disent des jolis mots pour le plaisir de s’entendre parler, gratuit.
Donc ce qui t’arrive, c’est ta faute, ton choix. Et c’est ça la triche. Parce qu’au début, on est rien que des orifices, qu’il faut remplir ou vider, et c’est eux qui décident. C’est après, quand ils sont bien satisfaits que ça te laisse un peu de temps libre, ou quand ils tournent pas rond et qu’il faut bien que t’inventes un truc pour faire comme si tout allait bien. Le petit enfant mangé par les mouches qui sèche au soleil sous le regard du vautour qui s’impatiente, il a pas envie de lire Proust et il a choisi quoi ? Alors ses parents. Incapables de se retenir même s’ils crèvent de faim sans souci de rajouter une bouche affamée ? Mais c’est la loi des orifices, tout juste, ils trompent leur souffrance comme ils peuvent. Faudrait choisir pour eux parce que c’est pas la peine de rajouter de la souffrance à la souffrance, des orifices qui torturent à tous ceux déjà qui hurlent. Mais paraît qu’on peut pas. On est tous égaux. Au nom de la liberté. Et c’est les mêmes cons qui en souffrent qui la revendiquent. Enfin pas ceux qui souffrent le plus, faut pas exagérer quand même. Et si tu dis ça, c’est toi le méchant alors que tu voudrais juste qu’il n’y ait plus d’enfants qui souffrent. Juste ça. Mais faut pas. Ils te regardent l’air bien supérieur et méprisant t’empêtrer dans des mots et des idées pour leur faire comprendre ce qui est une évidence. Et ils te sourient de toute leur dent creuse que le dentiste bien propre a soigné dans son fauteuil tout confortable, avec leur estomac tout léger de bons produits bio, et de toutes leurs orifices bien contents et toi tu baisses la tête. Comme à la guillotine, la tête tranchée sous le couperet de la liberté et des droits de l’homme. Et d’un coup t’as une lueur d’espoir, t’as trouvé la faille, comme le prisonnier aperçoit au loin un rai de lumière là où le mur est moins solide !
Et tu vas leur faire bouffer, leur liberté, leurs droits de l’homme et tous les raffinements de torture à pauvres. Parce que c’est ça en fait le truc. Et c’est tellement bien foutu que la victime est complice et même fière de son supplice. On te dresse depuis tout petit. Mais il faut que tu te débrouilles avec les moyens du bord, avec tes mots de pauvres, comme l’esclave qui s’est évadé en guenilles et avec un pauvre bout de bois pour se défendre quand la milice pour te récupérer elle a les armes, les chiens et tout bien organisé pour te coincer. Et tu le fais pas que pour toi, et c’est ceux que tu veux aider qui t’en veulent le plus, les plus salauds, les plus acharnés à t’en empêcher. Peut-être c’est comme les tours de magie, ils veulent pas savoir, parce que ça prendrait plus, il pourrait plus rêver les yeux ouverts, il faudrait qu’ils se sentent responsables. Il préfère une fausse culpabilité, au fond c’est moins lourd, on se laisse vivre en disant c’est pas moi c’est lui, c’est les autres, moi j’ai fait qu’obéir, obéir c’est subir en faisant semblant d’avoir choisi, comme le gosse qui veut pas prêter son vélo, il dit mes parents veulent pas que je le prête, c’est pas lui, c’est pas sa faute, c’est bien pratique au fond. Ça permet d’être un salaud qui a l’air bien gentil, sans se mouiller et tout le monde fait semblant d’y croire, c’est pour ça qu’ils veulent pas savoir et qu’ils t’en veulent les aptères, fausse couche de papillon se trouvent heureux chenille et se développent les anneaux qui font qu’on rampe sans effort pour oublier les ailes qu’ils empêchent de pousser et c’est ça le vice ils le font au nom de ces fameuses ailes qui font qu’ils sont pas que des chenilles, leur gloire, leur honneur, leur dignité ! Les droits de l’homme oui, tant que ça dispense d’être un homme. Pensent qu’il suffit de naître, sans trop de poil, en marchant plus ou moins sur deux pattes et de savoir ô miracle opposer le pouce aux autres doigts, ça leur sert de diplôme, de brevet d’humain, et une fois obtenu peuvent vivre comme des bêtes, la dernière des bestioles, des protozoaires. Alors se maquillent tout bien, se déguisent pour avoir l’air sans les paroles.
La vie. Tout juste t’es sur un toboggan et le seul choix que t’as c’est de pencher sur la fesse gauche ou droite, de t’accrocher pour ralentir, juste tu règles la vitesse, comme un poulet choisirait la température pour cuire, mais t’y vas, alors tant qu’à faire tu peux y prendre du plaisir, à la glissade si tu aimes ça et si t’es vraiment un raffiné de la jouissance tu peux varier les positions, tu peux même te mettre sur le ventre la tête en avant pour tout bien prendre l’air dans les narines, tu peux glisser les yeux au ciel et te demander si c’est toi qui descends ou si c’est le ciel qui monte, ça c’est pour le cérébral, un cérébral c’est celui déjà qui est pas vraiment à l’aise d’origine sur le toboggan et qui cherche sa position, pour qui c’est pas naturel, pas évident, pour qui ça se fait pas tout seul. Et les autres, qui s’en amusent, de la glissade, mais c’est qu’ils savent pas ou veulent pas y penser parce que ça leur gâcherait le temps de jeu qu’au bout c’est le saut dans le vide, comme sous la lame de la guillotine si jolie qui brille dans les matins clairs il y a le corps d’un côté et la tête de l’autre qui se sait le temps d’un éclair être morte.
Voilà. Il y a qu’une route. Qu’un mouvement, la glissade. Et qu’une issue : te faire cracher par le toboggan à la fin, mais tu sais pas où t’atterris parce que quand t’es dessus tu vois pas le bout, tu peux que l’imaginer, ou alors juste à la fin et là tu peux rien dire au copain qui est juste derrière, dans le meilleur des cas il entendra qu’un cri. C’est comme l’origine la fin, tu peux juste supposer. Le seul truc, c’est que dès que tu ouvres les yeux t’es déjà dessus.
Avant tu sais pas, tu peux pas choisir si tu veux venir ou pas. T’es libre oui, mais sur le toboggan, pas d’y monter ou d’en descendre ou de choisir balançoire ou tourniquet. T’es posé là comme par une mémé acariâtre qui veut t’occuper pour que tu lui foutes la paix ou une bien gentille mais pas très futée qui te fout dans la mouise pour ton bien qu’elle croit. Et comme on t’a offert le voyage même si tu sais pas qui a acheté le billet ou construit le terrain de jeu et que tu aimerais bien que ça soit mieux conçu, y ‘a toujours un crétin satisfait qui te vantera la beauté du truc et te trouvera ingrat et monstrueux de pas vouloir en profiter, te dira qu’au fond t’es tout mal fait pour la vie. Un futé. Je te dirai qui c’est après, les futés. Ça vient pas tout seul un futé, c’est le résultat d’une longue évolution, ça change de forme mais le fond reste le même depuis l’aïeul d’origine. Là j’anticipe et je m’égare, plutôt je largue celui qui essayait de suivre, faut pas brusquer, c’est comme on sort du coma, qu’on se désengourdit, faut pas tenter le cent mètres au saut du lit, tu claques avant d’arriver au bout du lit sinon.
Donc pas gaspiller. T’es libre. C’est les deux arguments qui expliquent tout, justifient tout, ça se trottine comme pensée pareil un boiteux sur ses deux jambes pas bien vaillantes mais ça leur suffit. Alors toi bon con bonne pâte bon cœur t’es content pour eux. Mais eux te supportent pas, ça leur gâche l’homogénéité, l’harmonie, l’évidence qu’on soit pas convaincu d’office et te le font payer, même plus que tu peux, c’est quoi ces idées de critiquer la magnificence du toboggan, l’extraordinaire qualité des matériaux, la merveille de la conception ?! ça les irrite, comme une épine dans la fesse gâche le confort d’un bon fauteuil. Insistent, te répètent : pendant le voyage tu fais ce que tu veux, ce que tu veux ça veut dire ce qu’on te laisse faire, ce que tu peux faire avec ce que tu es, des fesses pour glisser, des jambes et des bras pour freiner ou pousser. Si avec ça t’es pas content et reconnaissant c’est vraiment que t’es un tordu ou alors si t’es unijambiste ou manchot ils te pardonnent, c’est pas ta faute, même ça les conforte : c’est que t’es pas équipé comme eux pour apprécier toute la finesse du truc, même ils te plaignent, t’es pas une menace, au contraire, tu les confirmes ! Mais si t’as tout bien comme il faut et que t’aimes pas alors là…
C’est ça la liberté. T’as le choix entre oui et oui. Avec des nuances, le oui enthousiaste, le oui raisonnable, le oui modéré, le oui un peu dubitatif.
Sur l’ordre des choses, si on est mesquin, soucieux du détail, on voit qu’on est pas tous pareils. Qu’on a des points communs mais c’est que des points. Sur le toboggan y en a des gros, des petits, des maigres . De tout. Et ça circule pas tous de la même manière, des gros qui frottent contre les bords ça glisse pas aussi vite qu’un affuté de la carcasse, voilà du sérieux : comment gérer tout ça pour que tout le monde glisse sans tout bloquer et toi comme un con t’arrive avec le pourquoi du truc, déjà que le comment c’est pas simple, on voit bien que t’es pas sérieux !
Sûrement que ça aussi on a choisi un jour.
Tout est liberté. Comme t’achètes ton modèle de voiture, tu fais en fonction du budget mais tu choisis, le corps ça doit être pareil, tu prends bouboule ou filiforme, après viens pas te plaindre.
Mais mesquin c’est pas mon style. J’en parlerai pas. Pas plus du fait que ça c’est que l’extérieur, la façade, dedans on n’est pas tous les mêmes, ça se voit pas c’est dedans, y’a que celui qui y est qui sait. On reste au dehors, ça aide pour le classement, ça facilite, surtout que le dehors il forme le dedans, comme les moulages, tu mets un truc un peu liquide dedans, style du plâtre et ça prend le forme du bocal, c’est pareil pour les gens.
Donc voilà la vie de l’homme. Il est sur son toboggan sans savoir ce qu’il est fait, qu’il se retrouve là sans souvenir d’y être monté ni où il va arriver, le seul truc sûr c’est maintenant et la glissade. Ça c’est du concret. Moi j’aime bien partir du concret. Et qu’on me chicane pas pour le toboggan, c’est une image, le truc pour bien faire ressentir.
Ça marche aussi avec une balançoire, une essoreuse à salade, tout est bon sitôt que ça marque que t’es dedans, que t’es pas mal secoué et que t’y peux rien.
J’insiste et je précise parce que des chicaneurs il y en a , partout, beaucoup, tout le temps. Alors je me méfie, je vois déjà les critiques. J’anticipe. Que je suis pas qualifié, qu’il y a des spécialistes de la glissade, du toboggan, de la rampe du toboggan, de la peinture du toboggan, du ce qu’il y a dans la peinture du toboggan, et ça fait plein de gens très sérieux tout bien concentrés sur leur petit truc, leur miette de toboggan, chacun son petit bout, qu’ils voient plus l’ensemble juste occupés à comment bien faire leur petit morceau sans se demander pourquoi. Des gens bien sérieux quoi. Pratiques, efficaces. C’est vrai il en faut, imagine, en plus le toboggan lisse comme une râpe à fromage ou la peinture qui te tartine les chaussures et le pantalon que ça fait comme si le toboggan il te ponçait la raie ou t’englue ?
C’est bien qu’il y ait des qualifiés en tout, des spécialistes du petit bout. Juste faut pas qu’ils s’occupent du reste, d’autre chose que de leur petit bout, parce que là ils sont plus qualifiés du tout mais qu’ils parlent comme s’ils l’étaient, comme si le chef des pompiers parlait opération du cœur, un footeux politique, un vétérinaire maçonnerie, enfin si tout le monde parlait de tout, ça existe un peu, ça s’appelle la démocratie je crois, un truc ou chaque avis vaut celui d’un autre. Et depuis que les qualifiés s’occupent de tout je trouve que c’est top, faut pas qu’un type de base arrive comme ça, tout brut. Tout neuf. Tant pis si on se moque. J’admets, j’ai pas le vocabulaire. Je revendique même, pas qualifié. C’est ma fierté, mal foutu le toboggan m’a toujours fait mal partout où ça appuie, il va pas de soi, j’ai pas la glissade facile, naturelle, joyeuse. Mais c’est obligé pour penser, sinon tu profites, tu te régales, tu savoures, tu en redemandes, et du coup tu réfléchis pas. C’est pour ça que ceux qui réfléchissent sont aussi moches et mal foutus et ceux qui réfléchissent pas sont aussi cons et réjouis. Des vaches devant les trains qui broutent, moi ça me gêne pas mais c’est pas parce qu’ils sont sur deux pattes sans trop de poils et qu’ils camouflent les outils de la reproduction que ça leur donne le droit de se croire penser, aussi ridicule que le tordu maigriot qui se prend pour Tarzan, mais ça on le dit pas, il suffit pour eux de naître pour être, là aussi tout est naturel, sitôt pondu sitôt cocu, c’est juste pour la rime quoique, mais là aussi ça glisse pour eux, sans question, suffit d’arriver là et tout est normal avec tous les droits et tout. Ça fait peur, comme si un chirurgien devait écouter des mongoliens sous prétexte qu’ils sont nombreux. La démocratie j’ai déjà dit, qu’on appelle ça.
Disqualifié. Voilà. C’est ça mon titre. Je parle en tant que disqualifié. Mais attention pour être disqualifié il suffit pas de n’être pas spécialiste ni même de rien savoir du tout. Ce serait trop facile. Le vrai disqualifié le sait. Qu’il sait rien. Ou que ce qu’il sait l’avance pas à grand-chose. Alors il comprend rien à rien à tout et se pose des questions.
Parce que eux c’est pas qu’ils ont les réponses, juste, ils ont pas de questions. Ou alors ils partent de l’évidence, de la réponse qui les arrange et ils posent la question de manière à ce que ça soit bien ajusté, que ça tombe bien en face, comme un meuble bien fait.
Moi je pose la question d’abord, à l’aventure, à découvert, sans triche. Supportent pas, ça leur gâche l’insouciance. Moi je choisis rien, je sais pas. Je pose mes questions et on verra bien où ça mène. Avant après je sais pas mais pendant je suis libre. Alors j’en profite.
Au boulot donc.
Donc . On est sur le toboggan. On a le décor. On va faire entrer les acteurs.
Bien sûr j’imagine un peu. J’étais pas là. Je recompose, ce qui compte c’est de trouver le fil, la trame, en partant du concret. Comme pour un meurtre, on sait pas qui, on sait pas comment, on sait pas quand, mais il y a un cadavre.
Je les imagine. Un troupeau de faiblards. Des galeux. Des rares du poils tout pas en bonne santé, et c’est vicieux le faiblard, c’est sournois, ça regarde par en dessous, ça tient pas tête, ça bombe pas le torse, ça s’affirme pas, ça attaque pas le sol du talon, ça vit sur la pointe des pieds. Mais ça vit quand même. Des tout maigres qui bouffent que les restes mais qui ont de l’appétit les salauds et des envies pas de leur gabarit, qui guettent d’un œil mauvais les coups de fatigue du balaise, c’est ce qui a de bien, quand on ‘est pas complètement dedans, quand il y a un petit bout qui reste en arrière et qui se méfie, qui observe, on commence à voir des trucs que celui qui est tout entier dans la vie à s’en faire exploser la carcasse peut pas faire, il est dedans, complètement !
C’est comme ça que ça marche au début. Aujourd’hui aussi mais c’est moins net et puis les balaises du début, tout sain tout bien, ils ont disparu, rongé par les tordus comme une jambe par la gangrène. Et comme est entre nous, entre rabougris, on s’habitue, on voit moins. A l’époque c’était du brut, du net, du bien tranché. Du primitif quoi.
Les faiblards donc. Ils sont en nombre. C’est pluriel, le balaise il y en a qu’un, c’est singulier, il a besoin de personne. Il peut y avoir qu’un balaise, quand un balaise rencontrait un autre balaise il ne devait en rester qu’un, ça veut tout le balaise, ça partage pas. Il veut il prend. Il peut. Bouffe ou femelle. La femelle il y rentre dedans à l’éclater jusqu’aux oreilles, se frotte le bigoudis avec la croupe bien ouverte , après, la viande toute détendue, va pisser, regarde satisfait le ciel en se disant que vivre c’est bon quand même, avec dans les dents un peu de bonne viande qui traîne et mêlé à son corps un peu de l’odeur de la femelle et s’endort, quelques millénaires plus tard un type fera une chanson là-dessus, qui parle de marins , de frites et de morues.
Le faiblard c’est tout pareil mais en mal fichu, tout raté, tout pas fait pour ça. Sauf l’envie. La belle femelle c’est pas pour lui. Comme pour la bouffe il prend ce qui reste, les moches les vieilles ou les malades parce que de nature, la belle femelle elle veut le mâle qui articule, qui domine, qui fait peur mais qui rassure. Les femelles moches ou malades, elles sont comme les faiblards, elles se débrouillent, se disent qu’une brute pareille elles en veulent pas, font semblant, mais au fond en crèvent d’envie. Z’ont pas de goût pour les chicots pourris et les bigoudis ramollos, juste ont pas le choix.
Donc regarder de loin, le regard mauvais, lui ferait bien la peau à ce salaud, l’ennui, c’est que même enrhumé et d’une main il les balaie le balaise, il les broie, ça fait du sang qui gicle partout, il y en a qui ont essayé, depuis les autres ils ont appris. C’était pas des rigolos à l’époque.
Alors les pustules se pourrissent l’instinct à force d’envie et gaffe, c’est là que ça se joue, que l’incroyable, le même pas imaginable arrive !
Cet instinct pourri ça s’appelle la pensée, pas la pensée d’aujourd’hui avec des mots et tout ça, non, l’originelle, toute rustique, rudimentaire. Mais qui va tout changer. Qui va bouleverser l’ordre naturel. Qui va faire d’une espèce une espèce à part parmi toutes les autres. Avec son instinct pourri. On trouvera le nom plus tard, les mots ça vient toujours après. Mais ce truc qui n’a pas de nom ça vient comme ça. Et c’est pas con la pensée comme invention. Parce que c’est la loi du plus fort et tout ce qui t’aide à l’être est bon. Et l’homme cette pauvre larve sans trop de poils, sans crocs, sans gros muscles, comme il a rien il va tout inventer, se fabriquer tout sur mesure bien comme il faut, ça vaut quoi des grandes dents contre un trou bien profond avec comme des dents en bois plantées au fond ou même le lion s’empale ? Rien. Que dalle. Et c’est là que ça change. Le balaise comme les autres bêtes il regarde rien, il a confiance en lui, il fait attention juste ce qu’il faut. Et la pensée ça te donne un petit air de supériorité face à la bête du coup t’es presque content d’être tout galeux et malingre, tu commences à avoir moins peur, tu comprends comment ça marche et ce qu’il faut faire. Sauf qu’au fond t’y peux rien, t’as quand même l’instinct, le vrai, le pur, celui qui veut bouffer le meilleur et tu sais bien au fond de toi que t’es qu’une raclure qui s’est monté le bourrichon.
T’as l’air supérieur, détaché, au-dessus. Mais ça te coupe en deux. Tu sais bien que c’est du toc. T’es plutôt par en-dessous, c’est comme monter sur un truc quand t’es trop petit, c’est pas du vrai, du solide, faut faire gaffe de pas tomber, c’est du précaire. Ça te coupe en deux, entre ce que tu as l’air de et ce que tu es, entre ce que tu veux et ce que tu peux. Alors t’es pas sincère, et soit tu te dis que t’es qu’un déchet mais ça tu peux pas trop soit tu t’arranges pour te faire croire que ce que tu peux pas tu le veux pas. Mais la vérité ça te mange en dedans, comme un ver dans un fruit qui a l’air tout bon sous la peau bien luisante mais qui pourrit de l’intérieur.
Et puis quand tu vois l’autre là tout heureux comme un champignon au pied d’un arbre, qui se torture pas ça t’énerve, et plus tu le regardes plus tu comprends d’où tu viens et t’as pas envie d’y retourner. Et ça te révolte. Parce qu’avec ton intelligence toute neuve que t’as même pas eu le temps d’appeler comme ça tu peux pas t’empêcher d’être un peu écoeuré par cette bête satisfaite sans question, juste malheureuse des orifices à remplir ou vider et en même temps tu demandes à quoi ça sert d’avoir inventé l’intelligence si c’est juste pour te torturer avec. Ça valait pas le coup. Ou alors il y a un truc qui manque ou pas fini.
Tu veux pas retourner à cet état de la bête d’avant que ton instinct pourrisse et se décompose. Et puis même si tu voulais tu pourrais pas. Quelque chose a changé.
N’empêche que ça te sert à rien.
Juste que l’intelligence qui t’es tombée dessus ou t’es montée par dedans à cause du ver qui te pourrit ça t’a coupé de la nature et comme t’as plus que ça à foutre tu regardes puisque tu participes plus, juste le minimum, soumis à la loi des orifices. Et à force de regarder t’as des trucs qui se bricolent dans ta tête, tu maitrises pas, ça se fait tout seul, au hasard de ce que tu vois, tout seul, c’est comme la matière, ce nouveau truc qui te pousse dans la tête que bientôt on appellera des idées, ça s’agglutine, ça fait des paquets. Là mine de rien, je te révèle la création de l’esprit, qui nous est pas tombé dessus, du ciel, par une colombe qui nous a choisi, élu comme perchoir, mais monté du dedans par le ver de l’instinct comme la diarrhée des intestins par l’amibe qui y fait son nid. Et tes gros et tes petits paquets dans la tête, ça se combine tout seul, à l’aveugle, ça se cogne, ça se colle, ça se repousse, s’attire. C’est comme l’univers, mais dedans, en tout petit. Ça te dilate le cerveau. Et comme t’as quand même le sens pratique, oublie pas, faut que ça serve, tu viens de la bête avec ses trois soucis : se remplir, se vider se répéter en se reproduisant.
Perds pas ça de vue
Eh ben à l’occasion tu te rends compte que ça peut servir. Déjà ça t’occupe. Pendant que tu regardes tes paquets, tu vois plus les choses autour et ça te fait un peu moins mal d’être un rebut. Comme t’es cassé ça te laisse le mécanisme apparent, comme les estropiés où les bêtes que t’éventres, enfin que les balaises éventrent avant que tu récupères les restes. Même que ça te plaît pas de suçoter les os ou les derniers morceaux avec des mouches, que ça fait tout gluant et qu’il faut avoir faim pour bouffer ça et des bras comme des pattes d’oiseau ! ça le ronge d’injustice le mal foutu. Ça fermente dans son crâne, dans son ventre, l’en veut plus de la viande pourrie et des femelles décharnées, des vieilles sans dents, des toutes fripées et des pas bien vivantes toutes tordues. Balaise ou mal bâti, dedans c’est le même moteur, la même loi des orifices. C’est comme des gosses qui jouent, y a que le déguisement qui change, en Zorro, Tarzan, cow- boy, chevalier, mousquetaire, c’est le même jeu : ils courent, crient, s’affrontent, se préparent à être grands, ils s’entrainent à faire la même chose juste qu’ils sauront plus que c’est un jeu et se prendront au sérieux, joueront plus au gendarme et au voleur, braqueront des veilles ou arrêteront ceux qui font pas trop de mal en laissant les gros méchants tranquilles, les gros méchants ça sera les chefs de toute façon ! comme dans la cour de récré, tout pareil en moins rigolo, en pas inoffensif du tout. Et toi t’es là. Pas dans le jeu, juste le minimum à grignoter pour pas crever. T’as pas de place, juste au bord. T’aimerais bien rentrer mais t’es pas prévu pour. Juste l’envie tu as. Ça, c’est bien réparti. A manger ou pas, il y a l’appétit. Mais t’en as envie des beaux morceaux tout frais, tout bien rouge qui te donne de la force et tu regardes tes petits morceaux avec déjà des mouches, tout bleu et un peu gluant et ça te ronge, tu penses plus qu’à ça, au goût des bons morceaux, et plus tu manges les tiens, qui ont pas bon goût du tout plus tu y penses, plus t’en as envie, et tu maudis tes jambes de moineau et tes bras en pattes de canard, comment t’irais lui piquer les bons morceaux ? T’as essayé une fois. Pas deux. Tu t’es retrouvé dans le même état presque que le repas qui sèche au soleil et pourrit par en dessous, face contre terre.
Mais ça t’a pas calmé ni coupé l’appétit, même au contraire. T’as appris, juste à pas provoquer, à bien baisser les yeux, à rien risquer et même à comprendre que tu survis que grâce à ça : bien savoir rester à ta place. Et ta place elle est pas bien grande. Loin de tout ce qui te fait envie, perdu dans la masse des autres crevards, parce qu’ils sont nombreux les mal bâtis, et tous avec la même loi des orifices, et ça grouille comme les vers sur la carcasse qui finissent ce que même les mal bâtis ont pas mangé, même des fois ils commencent de manger une bête qui est pas tout à fait morte, elle a beau courir, se lécher, se gratter, elle s’en débarrasse pas, au contraire, une fois qu’ils sont installés il y en a de plus en plus et la pauvre bête elle est là à essayer de courir avec sa pauvre patte bouffée vivante, pourtant elle est grosse par rapport à eux, c’est tout juste si on les voit, on dirait juste un que c’est sa peau qui tremble à la bête, pourtant ils sont là à la manger et c’est toujours eux qui gagnent. Et comme t’apprends à penser tu fais des rapprochements, tous là, entassés, vous êtes comme les vers qui grouillent, à vous mélanger vos appétits d’orifices, vos fermentations et vos odeurs d’orifices. Et lui là-bas, le balaise il est comme la bête bien musclée faite pour courir. C’est pareil, le tout seul balaise il vit sans s’en rendre compte, il mord la viande qu’il arrache éclatant de santé et de vie, tout bien prévu pour, là ou les glaireux chipotent à cause de leurs chicots faiblards, t’aimerais être lui et en même temps, même si le mot existe pas encore tu le trouves un peu con. Il te fait envie et pas envie. Tu le sens plus si fort que ça, t’en a appris des choses à courser le gibier, tout ce qui fait sa force fait aussi sa faiblesse. Alors tu commences à te demander : c’est quoi la faiblesse du balaise. Sa force c’est qu’il doute de rien, il est une évidence. Plus que sa force sa puissance c’est ça. Et petit à petit tu te demandes comment tu pourrais le rendre comme toi : cassé, puisque toi t’arriveras jamais à être réparé pour être comme lui. Même ça te fait du bien d’y penser. Casser la bête, le balaise. Si t’avais inventé le rire, tu rirais.
Ça s’enchaîne. Ça dégénère vite. T’es là. Cassé. Tu peux pas recoller les morceaux pour être comme lui, d’un bloc, tout entier, lourd comme un caillou.
Et la bête en face. Et là t’es comme un con. Tu le vois vivre, avoir les belles femelles, manger les bons morceaux, tout ce que tu veux aussi, mais quoi ? il est le plus fort, ça te fait comme un truc qui bouillonne tu sais pas bien où, quelque part dans le ventre, un peu partout, de le voir ça te fait mal, coupé entre envie et dégoût. T’as beau être malin, de la malinerie des malingres, des tordus, ça te sert à rien, sur la bête t’as pas de prise. Toi ton outil il agit du dedans, il faut d’abord que l’autre l’avale, tu peux pas lui planter dans le dos. Alors tu te demandes comment entrer là dedans, dans la bête. C’est sûr qu’elle sera pas d’accord, c’est comme si le lion se blessait tout seul pour faire plaisir à la hyène.
Je passe vite mais ça va mettre du temps. Des générations peut-être à se refiler le truc. Et ça tourne très bien comme ça, tout est bien organisé, naturel comme le reste, l’herbe qui pousse, le soleil qui chauffe. Et tu comprends bien qu’il y a que toi qui es raté dans l’histoire, tu comprends bien que le balaise il a aucun intérêt à être cassé, même t’es d’accord avec lui, manquerait plus que ça, qu’il se veuille du mal ! Quand il te regarde, il se fout de ta gueule, et c’est vrai que t’es pas beau à voir, là où il est tout plein, t’es tout creux et là où il est mince t’es tout gonflé, on dirait que t’es pas rempli comme il faut, pas aux bons endroits. Mais ça t’énerve. T’as beau être une bête ratée t’es quand même une bête, avec la loi des orifices qui décide de tout. Compter sur son accord pour se faire cassé ça se fera pas, c’est un truc que tu piges assez vite.
Quand t’es pas costaud c’est fou comme tu piges des trucs assez vite. C’est comme si, la nature qui fait si bien les choses, ce qu’elle t’a pas donné dehors, des gros bras et des grandes jambes, elle te l’avait fourgué dedans. Mais ça t’avance pas. T’as gagné un peu la pensée mais t’as perdu les matins frais, la joie et l’odeur de l’herbe, le bien manger et le bien dormir.
Je t’explique tout du début pour que tu comprennes bien comment on en est arrivé là, le principe actif sous l’excipient.
Parce que ça continue, la lutte du balaise et du tordu. C’est toute l’histoire de l’espèce, ça change au fil du temps, ça se fignole à l’usage mais que la forme, pour le dedans on est pas bien plus avancés. Là, la nouvelle arme, c’est le bouddhisme. Comme ils t’embrouillent eux ! Tous un peu mais eux c’est la dernière étape. Ils déconstruisent tout, t’as plus rien mais t’es plus rien pour finir.
J’en glisse un mot avant de reprendre le fil. Le bouddhisme c’est pas de chez nous, c’est pas sous nos climats. A l’origine t’as un gosse de riches surprotégé, tout ça. Un jour il découvre la réalité, que la pluie ça mouille, que le soleil ça brûle, que les pauvres ça a faim, que les vieux sont tout fripés, tout ça quoi, parce que dans son château de gosse de riches de fils de roi tout ça on lui avait bien caché. Une dépression que ça s’appelle ça lui a mis. Tout son truc bien joli c’était faux, un mensonge de papa maman, une illusion quoi, et ça c’est le maître mot de leur combine. L’illusion. Parce que le con, au lieu d’en vouloir à son père et sa mère qui lui avaient menti pour son bien, il en veut à l’univers entier, fils de prince se croit centre du monde, mais le pauvre lui là, il est pas dans l’illusion, après quand le prince aura bien ficelé le truc il expliquera au pauvre que même la faim c’est une illusion, ça évite bien de se révolter, ça les calme les pauvres, restent dans la rue avec leur illusion de misère tandis que le roi il reste dans son illusion de château à avoir l’illusion de jouir d’une illusion de confort. Ça tient pas debout leur truc, je t’expliquerai plus loin, mais ça flatte l’ego des dépressifs, ça rassure les mochetés et ça efface toutes les questions faute d’y répondre.
Faut se méfier de ceux qui se mettent d’accord. Ils conviennent, c’est ça les convenances, des cons qui viennent ensemble.
Je t’explique tout, pour que tu comprennes où ça a merdé, au début la pensée qui s’appelait pas encore comme ça c’était pour vivre, pour compenser, comme le couteau la griffe artificielle des petits ongulés, et puis ça a cafouillé, c’est devenu le contraire.
Je te prends tout l’historique pour que tu retrouves le goût de vivre comme on retrouve le goût des aliments quand on a soigné les chicots pourris, parce qu’ils nous empoisonnent avec ça. Te laisse pas faire. Ils ont que le pouvoir que tu leur donnes.
Je suis un rare, un malade qui parle de santé. Qui se fait pas une gloire d’être estropié, bancal. Il y a des moments comme ça dans l’histoire, un albinos parmi les albinos, honnête, pur, qui sait que tout ce qu’on raconte c’est de la bave d’estropiés, qui sait que c’est de l’embrouille, que ça écoeure, que ça dégoûte, que c’est pas parce qu’on contamine l’autre qu’on se soigne et qui crache le morceau. Que derrière c’est du malsain, que dedans il y a que du vide et de la trouille. Alors qui dit, comme ça, gratuit. Et comme la nature laisse rien perdre il est récupéré par les dégénérés juste derrière et c’est reparti pour un tour, jusqu’au prochain que ça dégoûtera.
Leur truc c’est de trouver les mots. Ça change la chose, ça change la vie, comme on la voit, c’est des fragiles alors ils inventent des pincettes à merde pour se tripoter sans se salir les doigts. Je suis comme le repenti de la mafia. Je balance. Je suis un expert en saloperie.
Ils barbouillent tout avec leurs pensées toute pourries. Ils mentent, inversent tout. Mais tout ça c’est jamais rien que de la fermentation de mal être. Ils méprisent la vie, font semblant du moins, ça les console de se dire que c’est pas bon quand tu peux pas manger. Depuis tout petit, ont essayé de m’avoir, mais ça prend pas, je flaire l’escroque, on te forme pour ça, on te dresse, à la pensée des malsains, on appelle ça l’école et on te montre comme des modèles les tordus des tordus, les champions. L’albatros aux ailes trop longues qui l’empêchent de marcher par exemple. Ça, ça en jette. Mais si t’as les bras qui trainent par terre c’est aussi parce que t’as les jambes trop courtes ! Pauvre tache. Z’aiment pas la vie, la matière. Ont inventé un ciel d’où tout nous tombe dessus, la fermentation l’ont rebaptisé inspiration, comme si ça venait du dehors, bientôt on dira plus qu’un pet vient des intestins, on se le collera aux miches par une intervention divine, comme ça on aura l’impression de moins puer. C’est aussi la faute des autres, des bien prévus pour, il y en aura pour leur grade aussi. Pas de quartier. La justice. La vérité.
Au grand marché du mystique, de la délicatesse de vivre, de la légèreté d’exister, je pose mon établi. C’est du sacré à hauteur d’homme, du solide, de l’incontestable. Du vrai. Qui vient de loin, du plus profond. Pur. Pas de la quincaille en série, du trop sucré qui te masque le goût du mauvais ingrédient. Mais ça c’est du boulot. Il faut se laver de soi pour n’être plus son propre écran. C’est comme un outil, si tu l’affûtes pas faut pas prétendre faire dans le bien fini, le bien ouvragé. La pensée, la vraie.
Nous parlent d’amour, plus fort que la mort qu’ils disent. C’est vrai. Mais il faut lui faire la place en soi. C’est à travers soi qu’il faut passer, par delà cet écran de souvenirs et d’émotions, de conditionnement réflexe, des émotions cristallisées, figées, comme le gras du gigot refroidi, bien dégueulasse dans le plat. Il faut rendre fluide sans trahir. Pas s’en faire un mur, au contraire, le réchauffer au feu de la curiosité. Toute la vie est décidée, choisie en réaction de la peur de la mort. C’est pour ça que quand elle frappe près ça met à nu, à vif. On veut pas y croire. On est près à tout gober. Mais des fois leurs remèdes, ils sont pires, ça calme pas, ça attise. C’est des bonnes bêtes, du moment qu’ils retrouvent l’herbe et le plaisir de brouter, ça leur suffit, en demandent pas plus. Posent pas de question. Repartent avec leur phrase comme un grigri. L’amour est plus fort que la mort. Comprennent pas mais c’est joli, ça tient chaud, ça fait doux. Déforment tout avec leur cerveau d’épais qui est pas sorti de la boîte, tout neuf dans son emballage. Ils ont lu On ne voit bien qu’avec le cœur et se gargarisent de sentimentalité. Ont même pas compris la phrase. Et de l’autre côté, les mêmes cons mais en sournois, maladifs, c’est comme une jungle, c’est entre les deux qu’il faut débroussailler comme l’explorateur perdu dans la jungle, trouver ou inventer un chemin qui tourne pas en rond ou qui te lance pas dans le vide, au bord de la falaise. Voilà ce que je fais. Je suis l’éclaireur. Je sais pas où est le bon chemin mais je sais où il est pas. Me suis pas tant que t’es pas sûr, regarde où tu mets les pieds, on fait pas le même poids, là où je suis passé c’est peut-être pas pour toi, ça peut s’effondrer si t’es plus lourd, juste, l’essentiel, c’est comme la boussole, perds pas de vue où tu veux aller, c’est ça qui crée le chemin.
Perds pas l’envie de marcher, c’est ça qui compte.
C’est pas facile. Cet amour plus fort que la mort. Il arrache à soi comme une main qui se tend à un aveugle, qui la devine, l’espère, l’imagine. Toute vraie recherche se fait dans la douleur de cette remontée à contre courant, pas du laisser aller dans le bien être du fil de l’eau. C’est la garantie de ne pas s’embourber, de ne pas se vautrer, se complaire, cet aiguillon qui t’empêche de t’installer dans juste ce qui te fait du bien si ça tient pas la route, comme une voiture mal conçue. Monter au ciel. Pas descendre le ciel dans la boue. Apporter un peu de ciel sur terre pas l’y ensevelir, pas pour alourdir le ciel mais pour alléger la terre, comme on désenglue le papillon coincé dans les filaments de la toile d’araignée.